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Ludovic Dupin @LudovicDupin et Béatrice Héraud @beatriceheraud

Novethic

 

Au début de la crise du Coronavirus, de nombreuses voix se sont élevées pour que le monde d’après ne soit pas le monde d’avant. Il ne le sera pas… La mondialisation, la surconsommation, l’hégémonie du pétrole ou la finance folle ont du plomb dans l’aile. Pas de quoi assurer que la civilisation durable est là. Mais gageons qu’elle sera un peu plus responsable, si les bonnes leçons sont apprises.

La crise du Coronavirus a remis en cause des piliers de l’économie actuelle comme la mondialisation extrême ou l’hégémonie du pétrole.

1- Des chaînes d’approvisionnement à “dé-mondialiser”

En paralysant les chaînes de production de Chine puis du monde, la crise sanitaire a révélé la vulnérabilité de notre système mondialisé. La très forte dépendance de nos économies à l’étranger sur des produits de première nécessite amène politiques et acteurs économiques à réfléchir à plus de souveraineté industrielle et agricole via une relocalisation nationale voire territoriale. La crise a aussi montré le besoin d’encadrer davantage les pratiques des donneurs d’ordre envers leurs fournisseurs pour assurer une protection économique, sociale et sanitaire. Cela jusqu’à amener des investisseurs à demander un devoir de vigilance contraignant pour les entreprises.

2- Vers une finance plus humaine

En quelques semaines, les bourses du monde, qui avaient atteint des sommets historiques fin 2019, ont perdu des années de gains. Ces kracks successifs se sont faits en décorrélation totale avec le ralentissement réel de l’économie. Aux États-Unis, des places ont dû activer des coupe-circuits pour fermer plusieurs minutes les marchés afin de faire retomber la fièvre. Le fautif : le trading à haute fréquence, dirigé par des batteries de superordinateurs, capables de passer des millions d’ordres à la seconde. Cet épisode a appelé à remettre de l’humain dans une finance qui était engagé depuis plusieurs années dans une grande vague d’automatisation.

3- Des entreprises utiles sur le plan social et environnemental

La responsabilité sociale et environnementale des entreprises, la RSE, est essentielle lors de telle crise. L’utilité sociale est un critère essentiel pour les consommateurs, les collaborateurs, les politiques et les investisseurs. La question de conditionner les aides d’Etat à des mesures sociales et climatiques a clairement été posée et adoptée par certains pays. Un jeu gagnant-gagnant car les entreprises les plus responsables vis-à-vis de la société sont aussi celles qui résistent mieux à la crise du Covid-19. Cela n’a pas empêché certains secteurs industriels de demander un moratoire sur les “entraves environnementales” afin de favoriser la relance. Peu de chance que cela aboutisse alors que se multiplient les appels visant une relance économique verte. 

4- Besoin d’un nouveau pacte social entre entreprises et salariés

La crise et le confinement brutal ont demandé une agilité hors norme aux entreprises et à leurs collaborateurs. Et elles s’en sont plutôt bien sorties selon une enquête Respublica. Avec huit millions de personnes mises au télétravail en France, dans des conditions difficiles, la pratique a convaincu des dirigeants jusque-là plutôt réticents. Résultat : des entreprises pensent désormais l’intégrer bien davantage dans leur organisation quotidienne. Mais cela demandera une refonte du management, plus d’autonomie, de confiance, de dialogue, de travail en équipe et d’apprentissage continu. Un nouveau pacte social est donc à créer.

5- Les pétroliers vont devoir changer ou disparaître

Le modèle de l’industrie pétrolière a révélé toute sa fragilité lorsque, au plus fort de la crise, l’or noir s’est retrouvé à être côté à un prix négatif sur le marché américain. Les barils de pétrole se sont mis à valoir moins rien en raison de la chute de la demande et de la saturation des stockages. C’est l’illustration éclatante de ce qu’est un actif échoué (Stranded Asset en version originale), une situation temporaire pour le Covid mais qui pourrait devenir la norme avec le réchauffement climatique. Paradoxalement, les prix bas du pétrole vont dans l’immédiat freiner la transition énergétique, mais rapidement le rebond des prix va être brutal et favorable aux renouvelables.

6- Vers une consommation plus durable et plus digitale

Les crises sont traditionnellement accélératrices de tendances. Celles amorcées en faveur des circuits courts, de l’achat direct aux producteurs et du bio, ne devraient pas faire exception. Dès le début de la crise, les Français se sont rués sur les produits réputés sains. L’e-commerce a aussi renforcé sa place dans tous les foyers des pays touchés en premiers par le Covid-19. Une explosion du digital, qui va aussi se voir dans les magasins (caisses automatiques…) et profite actuellement, en ligne, aux géants du numérique, du divertissement et du culturel. Netflix en est le symbole avec une capitalisation qui a explosé, dépassant celle d’Exxon.

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